Histoire de l’Olivaint

La conférence Olivaint trouve ses racines au sein des congrégations, des associations pieuses nées au xvie siècle sous l’impulsion des pères Jésuites. Il s’agissait, dans les collèges, de réunir les élèves les plus studieux à la fin des classes pour leur faire entendre des lectures sérieuses et leur donner des conseils de direction spirituelle.
Au fils du temps, ces associations sont devenues des lieux de réflexion où les jeunes gens sérieux pouvaient discuter en commun et à armes courtoises de questions de philosophie, de littérature et d’histoire. De nombreux avocats et étudiants participaient à ses joutes oratoire, comme les avocats Hennequin et Berryer.

La Conférence Olivaint est créée à l’automne 1874 par les pères Jésuites. Elle tient son nom du Père Olivaint, dirigeant de la congrégation de la Rue de Sèvres. Arrêté et abattu par les communards, le nom du père Olivaint présente alors une dimension  militante. Jean Lacouture a écrit à son propos : « Pierre Olivaint fut l’un des hommes les plus estimables de son temps ».
La volonté du père Olivaint était de former les jeunes à la vie publique et à la vie politique. « Si vous êtes poussé vers la carrière politique, il importe que vous y teniez un des premiers rangs. Dans un temps de révolution, il faut, par le savoir, le caractère, l’indépendance, s’élever au-dessus de tous les partis, pour ne voir que les intérêts du pays et se dévouer à son salut », disait-il. À ceux qui étaient éloignés de la politique, il conseillait d’exercer une autre influence, l’influence sociale, dont nul n’est dispensé, à quelque parti politique qu’il appartienne, influence qui s’exerce en dehors de la politique et même d’autant mieux qu’on en est plus dégagé.

Les objectifs de la Conférence Olivaint étaient d’unir plus étroitement les jeunes gens issus de la congrégation Rue de Sèvres et de les préparer, par le travail et l’exercice de la parole, à devenir les défenseurs des intérêts de l’Église et du pays. L’expression orale a pris rapidement une place importante dans la formation des Olivaints. Selon Gustave de Lamarzelle, « La parole est et sera toujours l’arme la plus forte que Dieu ait donnée à l’Homme pour défendre une cause ». L’entrée à la Conférence Olivaint coïncidait avec le début des études supérieures. Elle permettait aux étudiants venant de province de disposer d’un point d’attache.

La séance du mercredi est une tradition de la Conférence Olivaint depuis sa création. L’invité prenait la parole pour un discours de portée générale, souvent à forte connotation politique ou morale. Au fils du temps, la Conférence Olivaint s’est adapté avec son temps et les sujets abordés se sont diversifiés. De l’histoire à l’économie en passant par la littérature, l’actualité (une manière détournée d’aborder le fruit défendu, la politique), les débats au sein de la Conférence Olivaint convergeaient vers les problématiques de société.

La Conférence Olivaint a bénéficié de l’ultramontanisme. En effet, le pape Pie IX ensuite le Pape Léon XIII accordaient à la Conférence Olivaint leur bénédiction apostolique en insistant sur le rôle spécifique que remplissait à leurs yeux cette organisation qu’ils qualifiaient « d’intérêt général pour la société ».

Au lendemain de la Grande Guerre et jusqu’à la suivante, la Conférence Olivaint souhaite orienter ses débats à l’international. L’association s’ouvre et devient un lieu de rencontre pour des hommes de presque tout bord politique, tels que Georges Bidault, Pierre Mendès France, René Pleven ou encore Robert Schuman. La diffusion d’un esprit pacifiste et internationaliste dans les années 1920 était de mise. Aux yeux des Olivaints, la collaboration internationale est également rendue nécessaire par le sentiment, largement partagé, d’un déclin de l’Europe.

Après la Seconde Guerre mondiale, la Conférence Olivaint est de sensibilité plutôt démocrate-chrétienne et surtout pro-européenne. En 1968, elle devient laïque, sous la présidence de Laurent Fabius (Branche Jeunes) et de Hervé de Charrette (Branche Anciens). La Conférence Olivaint occupe une place singulière dans le paysage des conférences d’étudiants en France en raison de sa longévité, de ses origines jésuites et, surtout, de la vocation qu’elle affiche depuis sa fondation jusqu’à nos jours : former une élite à la vie publique.